Concours de dictées interclasses avec entrainement numérique autonome

INTRODUCTION

Convaincue de la nécessité de mettre en activité les élèves, d’inventer des dispositifs pour leur permettre de prendre en charge la construction de leurs propres compétences, et exploitant à cette fin toute pédagogie ou innovation pouvant y contribuer, j’ai dû élaborer cette année une stratégie complexe d’entraînement à ces démarches pour des élèves de 4ème en difficulté face à l’autonomie et à l’adaptation aux situations nouvelles : un concours de dictées interclasses entre mes deux 4ème, au coeur d’une séquence sur le fantastique, avec parcours d’entrainement en classe inversée à l’aide du numérique.

Le postulat de départ consiste à octroyer à ces élèves une part de choix et d’autonomie dans leur parcours d’apprentissage, cette dévolution devant leur restituer une responsabilité plus consciente sur leur travail personnel, et cela en s’appuyant sur un exercice dont ces élèves très scolaires pensent maitriser les codes, la dictée, mais codes avec lesquels on jouera pour inventer des mises en situation nouvelles et développer des capacités d’adaptation.

Le concours de dictées interclasses ainsi mis en place s’organise en deux temps : le premier, en dispositif de classe inversée, et prenant appui sur des outils numériques variés, consiste en un parcours d’entrainement autonome en pédagogie différenciée – qui est l’objet essentiel de notre analyse ici ; le second concrétise les apprentissages réalisés grâce à trois évaluations mettant les codes traditionnels au défi.

MISE EN OEUVRE

L’ensemble du concours s’échelonne sur six à sept semaines, et s’appuie sur la séquence sur le fantastique. Une fiche-méthode individuelle récapitule les six étapes du projet, permet l’accès aux activités et aux ressources, et contient les documents d’auto-évaluation que l’élève complètera au fil de sa formation.

Le premier temps du concours a lieu durant les trois premières semaines ; les élèves prennent en charge leur entrainement durant les trois premières étapes. À chacune d’elle correspondent différentes activités proposées selon trois degrés d’approfondissement, laissés au choix de chaque élève : le parcours vert, obligatoire, impose les activités communes à tous les élèves. Les parcours rose et orange offrent des activités supplémentaires pour ceux qui en font le choix. L’ensemble des activités est disponible sur un mur numérique collaboratif, un padlet, qui permet de rendre accessible tout type de ressource, quel que soit son format, et dont la simplicité extrême d’utilisation le rend appréciable dans le domaine scolaire. L’adresse de ce mur et le QRcode pour y accéder sont communiqués aux élèves dans le cahier de texte numérique de la classe (Padlet des ressources d’entrainement).

Lorsqu’il y accède l’élève découvre les différentes activités proposées pour chaque parcours, accessibles notamment en flashant les QRcodes indiqués : des dictées enregistrées oralement par l’enseignante en format MP3, associées à des corrections rédigées et / ou expliquées dans une capsule vidéo grâce à l’application Adobe Spark Video, lui permettent de s’entrainer chez lui en toute autonomie, sans l’aide d’une personne présente pour lui dicter le texte, même si cette solution reste bien sûr possible. L’enregistrement audio lui offre la liberté de pouvoir mettre en pause et revenir en arrière s’il le souhaite. Une fois l’identification de ses erreurs faite, il a alors à disposition dans la fiche-méthode, pour chaque étape, des accès à des capsules de révision des notions utilisées dans les dictées, conçues par des enseignants qui les mettent à disposition sous licence Creative Commons sur un autre padlet collectif créé par Marie Soulié (Padlet collaboratif de capsules en français). Chaque élève peut ainsi ouvrir et regarder les capsules correspondant à ses besoins propres, qu’il a lui-même ciblés. Cette étape réalisée, il a alors la possibilité de tester ses progrès dans une réécriture de la dictée précédemment réalisée. La reprise de nombreux points, et la modification de plusieurs accords lui permettront de vérifier ses progrès. Quelques questions de compréhension et d’analyse de texte peuvent être posées dans le programme orange, dont la correction est également accessible sur le padlet. Après chaque étape, l’élève doit s’auto-analyser dans deux colonnes, l’une pour les points d’appui sur lesquels il sait pouvoir compter car il les maitrise bien, et une pour les points à renforcer, qui constituent une difficulté persistante. À la suite de ce tableau, un encadré est disponible pour qu’il formalise sa propre méthode pour progresser sur ses points fragiles. Il s’agit en particulier de tenter de comprendre comment il a procédé pour fixer ses points d’appui, afin d’essayer d’appliquer cette stratégie à ses difficultés. L’enseignante, chaque semaine, s’applique à vérifier que ces tableaux et encadrés ont bien été complétés, avec sérieux, afin de s’assurer du bon déroulement de l’entrainement.

C’est alors le deuxième temps du concours : durant la quatrième semaine est prévue une évaluation classique de dictée, qui reprend les notions manipulées dans les différents entrainements. On peut envisager d’en faire une dictée négociée, si l’on souhaite développer une activité d’apprentissage collaboratif entre pairs, ce qui présentera l’avantage, important dans ce projet, d’un jeu avec les normes de l’exercice. Cette évaluation permet à l’enseignant de vérifier la cohérence entre les tableaux d’auto-évaluation de l’élève et la réalité des compétences mises en pratique en situation, ce qui sera formalisé par l’élève dans un nouveau tableau.

La semaine suivante a lieu l’étape 5, moment fort de ce concours : à partir d’une liste de critères de réussite reprenant les notions travaillées durant l’entrainement et la séquence sur le fantastique, les élèves vont écrire leur propre dictée fantastique pour le concours interclasses, en s’efforçant d’y proposer nombre de difficultés orthographiques étudiées, afin de mettre au défi leurs camarades.

C’est la dictée gagnante de chaque classe qui servira de dictée d’évaluation finale pour la classe miroir. Les quatre autres meilleures dictées pourront également être exploitées dans le parcours d’entrainement de l’année suivante.

CONCLUSION

Cette expérimentation, finalement proposée, et adaptée, à deux classes de 5ème également, s’est révélée riche d’enseignement, et de pistes d’amélioration. En premier lieu, j’ai pu constater que l’objectif de développement des capacités d’adaptation était atteint. Sur ce point, les progrès de la classe concernée sont incontestables, même s’ils doivent être encore renforcés. De même, le développement de l’auto-évaluation se fait de manière plus naturelle et plus précise, dans l’ensemble. Des progrès en orthographe lexicale et grammaticale ont été observés chez de nombreux élèves, en particulier grâce à de meilleures stratégies personnelles d’auto-analyse en situation. La rédaction fantastique qui a suivi ce travail a très largement bénéficié de ce projet, l’expression étant bien mieux maitrisée, dans l’ensemble, qu’aux devoirs précédents.

Cependant, force est de constater que l’objectif d’autonomie et d’engagement actif dans le travail n’est atteint que pour une part des élèves. L’enseignant doit veiller à se montrer d’une extrême régularité et exigence dans la vérification des tableaux et encadrés, et ne pas hésiter à demander à voir les travaux obligatoires, afin d’obtenir leur participation des plus récalcitrants, qui n’ont pas su ou pas voulu saisir la possibilité d’autonomie et de choix qui leur était offerte. On notera en revanche chez les 5ème un enthousiasme extrême pour le projet, puisque nombreux sont les élèves qui ont demandé plus de dictées d’entrainement, et même une dictée d’évaluation supplémentaire !

Par ailleurs, l’observation de certains tableaux d’élèves, à la fois très exhaustifs et d’une grande objectivité, me conduit à la réflexion suivante : on aura tout à gagner à mettre en place ce projet dès la rentrée. En effet, en plus d’introduire des méthodes et des pratiques qui seront exploitées toute l’année, ce projet se révélera un formidable outil diagnostique pour développer des dispositifs différenciés d’acquisition de l’orthographe, voire même individualisés, pour renforcer chez les élèves des points fragiles dont ils auront eux-mêmes établi le diagnostique en auto-analyse ! On peut ainsi imaginer de concevoir des pôles de travail centrés sur trois ou quatre notions identifiées qui posent difficulté, chacun allant renforcer celle qu’il maitrise le moins. La remédiation est alors ciblée aux réels besoins de chaque élève.

Enfin, on gagnera à utiliser les capsules progressivement réalisées par les élèves des différentes classes de l’établissement comme révision des notions employées dans les dictées. Cet enrichissement coopératif au projet ne peut que motiver à la fois les créateurs des capsules et leurs utilisateurs. Une excellente manière de donner du sens aux chefs-d’oeuvre réalisés !

Remarque pratique : Quels outils ai-je utilisés pour réaliser ce vaste projet ?

  1. Le format de traitement de texte « PAGES » chez Apple a servi de support à l’ensemble. J’ai choisi de créer grâce à cet outil des encadrés pour organiser les étapes du travail. C’est sur un modèle proposé par PAGES que j’ai également intégré le texte des dictées dans d’élégants encadrés bleus, que je réserve spécialement à cet usage.
  2. Les petites images variées qui ponctuent le parcours (coupe de victoire, médaille, personnage en plein entrainement physique…) sont extraites du site d’images libres de droit « PIXABAY« .
  3. Les enregistrements audio des dictées ont été faits sur mon iPad grâce à l’application gratuite « DICTAPHONE« . C’est très facile à faire, mais il faut tout enregistrer en une seule fois : en cas d’erreur, il faut tout recommencer ! Il m’a ensuite fallu acquérir pour 1 euro la possibilité d’exporter mes enregistrements sur mon ordinateur. 
  4. La vidéo d’explication de la dictée de l’étape n°1 est conçue grâce à « ADOBE SPARK VIDEO« , à la fois application et site internet. C’est un outil d’une exceptionnelle simplicité pour créer des capsules car il est réellement intuitif. Attention, plus la vidéo est longue, plus le temps d’exportation est important. C’est parfois très long. Il faut donc bien s’organiser et n’être pas dans l’urgence.
  5. Le site « QRENCODER » m’a permis de générer les QR codes de l’ensemble des liens, que l’on peut ensuite flasher à partir d’une tablette ou d’un téléphone grâce à des applications comme « QRAFTER« .
  6. Enfin, l’incontournable site (et application) « PADLET » m’a offert le mur numérique qui héberge l’ensemble de ces ressources et les rend accessibles à toute personne disposant de l’adresse URL d’accès. PADLET est un outil qui m’est devenu absolument indispensable : il me sert de mémoire, comme une clé USB si je décide de faire un mur privé ; je peux ouvrir à la collaboration avec des collègues qui insèrent leurs documents, ou à des groupes d’élèves qui travaillent ensemble ; il est aussi possible, comme ici, de ne le proposer qu’à la lecture des visiteurs, qui peuvent accéder aux ressources mais sans en ajouter. Autre avantage : insérer un document prend à peine une minute. Enfin, les ressources ainsi enregistrées sont disponibles sur tout ordinateur, tablette ou téléphone ayant accès à internet. Un outil de base donc !

 

 

 

 

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