Un QCM qui fait aimer la lecture ?

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Habituer nos élèves à lire, à développer une pratique quotidienne de la lecture, leur en donner le gout, susciter chez eux la curiosité, l’envie, le plaisir de lire, reste pour l’enseignant.e de lettres un objectif majeur.

C’est pourquoi j’ai mis en place depuis déjà une dizaine d’années les QCM de lecture optionnels.

Ces QCM se sont révélés si efficaces qu’ils ont créé une véritable dépendance chez nombre de mes élèves, au point que certains m’ont encore supplié, je dis bien « supplié » ! d’ajouter une dernière lecture optionnelle sur la dernière semaine avant la clôture des notes, ou encore que deux élèves ont souhaité faire un QCM alors même que les notes étaient closes ! Seulement pour le plaisir de lire et celui du défi personnel !

Et pourtant, ce dispositif est à la fois extrêmement simple, et peu couteux en temps pour l’enseignant.e. En voici le fonctionnement.

Cinq choix guident l’ensemble :

  1. D’abord, il s’agit de développer une nouvelle fois la dévolution chez les élèves, c’est-à-dire leur restituer une part de décision dans leur parcours éducatif individuel, leur laisser des choix.
  2. Ensuite, il faut dédramatiser l’évaluation de la lecture, afin qu’elle se métamorphose en un couronnement rassurant du temps et de l’attention accordés à la lecture.
  3. Le troisième aspect essentiel est de permettre une boucle de rétroaction rapide.
  4. Ce qui ne peut se produire que si le temps de correction pour l’enseignant.e est réduit au minimum.
  5. Ces deux derniers points sont permis par un outil d’évaluation extrêment efficace et précis : le QCM. Le QCM présente selon moi deux énormes avantages : il permet d’évaluer rapidement la compréhension de lecture (« je lis des oeuvres littéraires, je fréquente des oeuvres d’art », compétence L.2/), sans que d’autres compétences viennent éventuellement interférer ou parasiter. En effet, demander aux élèves de rédiger une analyse du livre implique d’autres compétences, comme « j’élabore une interprétation des textes littéraires » (L.3/), ou encore des compétences d’écriture (E.2/ ou E.3/). Lorsque je souhaite évaluer ces compétences, je propose en plus du QCM une seconde partie à l’évaluation, avec des questions ouvertes qui réclament des réponses rédigées et développées. Mais seul le QCM me donne l’assurance d’évaluer le vrai niveau de compréhension d’une lecture longue. C’est un outil très efficace et extrêmement éclairant sur ce point précis.

Mise en place en classe :

En début d’année, est proposée aux élèves une liste, assez longue, de livres à lire au fil des semaines et des mois.

Certains livres sont obligatoires, environ toutes les trois semaines à un mois. Ils sont toujours évalués au minimum par un QCM, et doivent être lus par tous les élèves de la classe. Ils sont bien sûr en lien avec la séquence en cours et sont fréquemment évoqués durant le cours comme rapprochement analogique à nos découvertes et raisonnements.

Mais ce sont les autres livres proposés dans la liste qui nous intéressent ici : les livres optionnels. L’originalité est qu’ils sont optionnels, à tous points de vue.

  1. L’élève peut choisir de lire ou non le livre.
  2. Il peut ensuite choisir de faire l’évaluation ou non.
  3. Il peut enfin décider de ne pas garder la note chiffrée une fois qu’il la découvre, s’il estime qu’elle ne favorise pas sa moyenne.
  4. Il est même arrivé que des élèves me proposent un livre en lecture optionnelle, que je découvre alors, et que j’ajoute à la liste s’il est pertinent. Ils peuvent donc même parfois aussi décider du livre à lire.

On le comprend, l’élève est en mesure de décider, à toutes les étapes. Il prend le contrôle d’une partie, au moins, de son parcours scolaire. Il dispose d’une vraie marge de liberté.

Et c’est en cela que ce projet justifie pleinement son succès : les élèves sont détendus à l’idée de lire et d’être évalués en plus, ils savent qu’il n’y a aucun caractère de gravité s’ils ne réussissent pas. Et ils apprécient particulièrement de pouvoir décider de faire disparaitre une note ! Ce qui, cependant, se produit extrêmement rarement, puisque les notes de ces QCM optionnels de lectures optionnelles obtiennent en général des notes comprises entre 15 et 20. Et même si le coefficient de chaque lecture (0,5) reste léger dans une moyenne, ces lectures, lorsqu’elles s’ajoutent les unes aux autres, constituent donc finalement un précieux levier, facile d’accès pour améliorer sa moyenne, ce dont chacun se rend rapidement compte… Et la lecture cursive devient une ressource, un appui.

Par ailleurs, un autre attrait s’ajoute aux nombreuses qualités de ce dispositif déjà mises en valeur : en plus d’une note, j’octroie en plus un badge de compétence (L.2/ pour les livres, et parfois L.1/ lorsque le volume lu est une B.D., un manga, ou un texte documentaire long par exemple). Or, exploitant pleinement en cela mon système complet de badges (que vous pouvez découvrir ici : Des parcours individualisés grâce aux badges de compétences !), les élèves peuvent collectionner ces badges-lauriers obtenus lors des QCM de lectures obligatoires mais aussi grâce aux QCM optionnels, ce qui leur assure, lorsqu’ils ont obtenu cinq badges de la même compétence, un badge maitrise et donc une note correspondant coefficient 2 !

C’est donc extrêmement rentable pour des élèves habitués à la carotte que constitue la note. En effet, lassée d’essayer de les libérer, vainement, de cette motivation par la note, j’ai décidé de m’en servir pour l’apprentissage !

Ce dispositif est désormais si apprécié et automatisé par mes élèves qu’ils en sont venus à me réclamer de plus en plus de livres. De sorte que d’un livre optionnel qui était intercalé entre deux lectures obligatoires au début, nous en sommes désormais à un livre à lire par semaine ! Deux à trois livres optionnels séparant un livre obligatoire ! Et c’est à leur demande que nous sommes parvenus à cette fréquence frénétique, tant leur plait cette possibilité !

Se pose alors la question de la gestion pour l’enseignant.e ! Comment insérer toutes ces évaluations QCM dans le temps de la classe, alors même que tous les élèves ne les font pas systématiquement ? Et comment insérer les lectures, les créations des QCM, et leurs corrections dans un emploi du temps déjà surchargé ?

Organisation, pour l’enseignante :

  1. En premier lieu, il faut lire les livres, afin de sélectionner ceux qui seront proposés dans la liste annuelle de lecture. Il faut veiller au collège à varier littérature de jeunesse et littérature plus classique, ainsi que textes littéraires et documents « composites », comme des bandes dessinées ou des mangas, pour développer le lien analogique entre signes visuels et signes textuels, ou encore textes documentaires. Cette sélection est bien évidemment essentielle pour opérer la séduction progressive, et, on l’espère, la dépendance à la lecture, chez nos élèves…
  2. Ensuite, il faut – immédiatement – créer le QCM de lecture. J’en suis même venue à créer systématiquement un QCM de lecture pour tout livre scolaire que je lis ! Ainsi, je suis prête à toute éventualité. Cela s’est révélé particulièrement précieux lorsque les élèves se sont mis à réclamer sans cesse plus de livres optionnels : il devenait difficile de les satisfaire, je manquais de temps. J’ai donc pu puiser dans mon vivier de QCM des livres que j’avais lus auparavant.
  3. Les évaluations ont donc lieu toutes les semaines.
    • J’ai fixé un jour, toujours le même durant toute l’année. Ainsi, les élèves savent par exemple que chaque vendredi ils peuvent tenter une lecture optionnelle.
    • Les dates sont fixées pour toutes les oeuvres dès septembre sur École Directe. Certains élèves achètent dès la deuxième semaine de l’année l’ensemble des livres à lire jusqu’en juin !
    • Je prends bien sûr le soin, avant chaque rentrée, de confier à la librairie de la ville la liste des oeuvres et les dates. Ce partenariat de bon sens fonctionne parfaitement.
  4. Les évaluations durent en général 10 mn, ce qui est fort peu.
    1. Le QCM est toujours donné en début d’heure.
    2. Si le QCM est obligatoire, toute la classe s’y consacre pendant 10 mn.
    3. Même les élèves à besoins spécifiques ne réclament pas vraiment plus de temps. C’est un système d’évaluation très simple pour tous. Les phrases sont brèves et faciles à comprendre ; l’attention réclamée est spasmodique ; et ils doivent seulement entourer la lettre de la réponse choisie.
    4. Si le QCM est optionnel, et que seuls certains élèves s’y attèlent, je profite alors de ce temps laissé libre aux autres pour favoriser l’ancrage mémoriel des éléments de cours : souvent, je leur propose par exemple, sur un brouillon, de lister les éléments du cours précédent dont ils se souviennent. Après la fin du QCM des lecteurs, nous mettons ces réponses en commun pour réactiver les éléments du cours. C’est donc un temps optimisé pour tous.
  5. Remarques et précautions :
    • D’abord, si deux classes du même niveau doivent lire les mêmes ouvrages, mieux vaut prévoir l’évaluation QCM le même jour !
    • Attention : si l’on ne souhaite pas devoir renouveler son QCM pour un même livre chaque année (épuisement garanti !), mieux vaut établir une habitude indispensable. Je récupère tous les QCM de lecture – optionnels ou obligatoires – une fois qu’ils ont été découverts corrigés par les élèves. En effet, s’ils les gardaient, ils pourraient se les transmettre chaque année !
    • Ce qui implique une seconde précaution : je conserve ces QCM chez moi sur une étagère (qui grandit, grandit, grandit…) jusqu’à la fin de l’année, au cas où une famille souhaiterait les consulter lors d’un rendez-vous, ce qui se produit occasionnellement.
  6. Concernant la correction à présent. Il faut bien avouer que corriger un QCM est une activité fort simple et rapide, qui réclame seulement la concentration nécessaire à l’automatisation de la correction dynamique.
    • Un QCM obligatoire pour une classe prend en moyenne 30 mn environ, auxquelles s’ajoutent le temps nécessaire à enregistrer les notes et, dans  mon cas, du fait du système des badges de compétences, le temps de mettre en mémoire les badges-lauriers, et éventuellement les badges maitrise, obtenus.
    • Le temps nécessaire à la correction d’un QCM optionnel est lui variable en fonction du nombre d’élèves concernés, mais on comprend bien que c’est très raisonnable.
  7. Cette rapidité de correction permet de rendre les copies rapidement, et donc d’offrir une boucle de rétroaction – et de récompense !- très rapide. Or on sait par les neurosciences combien cette rapidité est essentielle pour l’apprentissage et pour la motivation. Elle est assurée ici puisque les copies sont en général rendues dès le cours suivant. Je vous renvoie pour cette question essentielle au site passionnant : http://sciences-cognitives.fr

 

Autre activité optionnelle possible, qui découle de ce dispositif de QCM optionnel, et permet de mettre en valeur à la fois l’élaboration d’une interprétation judicieuse du livre par l’élève (L.3/) et ses compétences syntaxiques (O.D.L.1/) : on peut proposer aux volontaires de concevoir eux-mêmes leur propre QCM de lecture ! Ils doivent pour cela utiliser l’outil informatique, construire, en format paysage, trois colonnes pour formuler leurs vingt questions-réponses.

C’est un excellent travail d’écriture : formuler des questions brèves et explicites n’est pas simple, pas plus que choisir les informations pertinentes à proposer, ou inventer de réponses erronées à mélanger aux réponses exactes… Une activité à utiliser sans modération !

Et même, dans l’idéal (il faudra alors veiller à demander à l’élève d’apposer les droits d’usage qu’il accorde à son oeuvre : les licences Creative Commons (CC-BY-NC-SA), on peut même imaginer s’appuyer sur ces QCM pour varier ceux de l’enseignant.e !

 

Certes, certains élèves, finalement peu nombreux, ne lisent aucun livre optionnel dans l’année. Mais, puisque le choix leur en est laissé, il faut l’accepter. C’est aussi le risque d’oser la dévolution : le choix de l’élève ne correspond pas toujours à nos souhaits… Et puis, restent les nombreux livres obligatoires pour développer leurs compétences en lecture…

Il faut également noter que, compte tenu du succès rencontré, et même si un QCM est plutôt rapide à corriger, la fréquence hebdomadaire des évaluations réclame tout de même un temps certain de correction chaque semaine, qui, nécessairement, s’ajoute aux autres corrections d’évaluations plus longues. Cela reste cependant gérable, et peu couteux cognitivement pour l’enseignant.e, puisque la correction s’automatise rapidement et ne réclame quasiment aucun commentaire.

Ainsi, même si la lecture de cet article a pris un peu de temps, nécessaire pour bien prendre en compte tous les aspects du fonctionnement d’ensemble, on comprend cependant combien sa mise en place est simple, peu couteuse en temps et en énergie pour l’enseignant.e, et néanmoins, ô combien productive ! Ce dispositif suscite clairement l’enthousiasme de tous : des élèves, de leurs parents, et le mien, qui reste émerveillée des bonnes surprises qu’il me procure régulièrement… Les objectifs se révèlent pleinement atteints, et même, avons-le, largement dépassés par rapport à l’ambition initiale !

 

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