Oral et lecture ? Une alliance expressive !

Aède, trouvère, troubadour, jongleur, ménestrel, conteur, griot…

Autant de diseurs de la littérature que de pays, de régions ou d’époques. Lecture et oral ont partie liée depuis toujours. C’est même l’oral qui a permis pendant des siècles la transmission de la lecture, tant le papier coutait cher et les livres étaient rares. L’essentiel de la littérature était donc entendue plus qu’elle n’était lue.

Pourquoi l’école se priverait-elle de ce précieux héritage ? On peut même le cultiver et le faire perdurer dans nos pratiques grâce au numérique…

Voici quelques pratiques d’oralisation de la lecture, classiques ou non, mais dont le partage fait du bien.

Les pratiques de la lecture

  • la L.O.P., lecture orale expressive préparée, reste un grand classique : à un élève volontaire ou désigné est confié un exemplaire du texte à lire le lendemain. Charge à lui de s’entrainer pour être expressif et fluide.
    • Cette lecture, en plus de développer la pratique d’un oral articulé, sonorisé et expressif, met également en valeur les capacités de compréhension d’un texte par l’élève, qui peinera assurément à lire de manière expressive s’il ne comprend pas le texte.
      • On pourra alors mettre en place un système de binôme avec un pair expert afin de favoriser le partage des procédures d’un bon lecteur avec un camarade en difficulté sur ce point.
    • La L.O.P. peut être évaluée de manière chiffrée ou non. Personnellement, je l’évalue toujours par un badge de compétences, au minimum.
    • Elle donne facilement lieu à un accompagnement personnalisé par l’enseignant.e et donc, ce qui est toujours essentiel,  à une boucle de rétroaction immédiate. En effet, même si le temps manque toujours, consacrer deux minutes aux commentaires sur la L.O.P. et aux conseils pour progresser est un investissement très mince comparativement aux bénéfices possibles.
      • On peut même, pour optimiser encore l’accompagnement, mettre en place une fiche individuelle de suivi que l’élève peut compléter avec la date de la lecture, le titre de l’oeuvre dont l’extrait lu est tiré, le badge de compétence obtenu, et enfin les commentaires de l’enseignant.e. La lecture par l’élève, avant la prochaine L.O.P., lui rappellera sur quel point faire porter ses efforts. En outre, la comparaison par l’enseignant.e et l’élève, après la nouvelle lecture, des anciens commentaires face aux nouveaux  mettra en exergue les évolutions et progrès.
    • Restitution par un auditeur : La classe est prévenue avant la L.O.P. que je vais questionner un des élèves qui ne connaissait pas le texte et qui le découvre en l’écoutant afin qu’il formule ce qu’il a compris du message complexe écouté (compétence O.1/ « Je comprends et j’interprète des messages oraux complexes »). Cela favorise une écoute active de tous, et pousse à structurer ce qu’ils écoutent en vue de l’éventuelle restitution. Cet exercice improvisé permet également d’entamer l’analyse de texte par une reformulation de la compréhension d’ensemble, et par la verbalisation des impressions de lecture.

 

  • Dans le cadre d’une bibliothèque sonore virtuelle, qui peut être accessible aux classes de l’enseignant.e, ou mieux, disponible pour l’établissement entier (sur un mur collaboratif comme Padlet par exemple), la L.O.P. enregistrée présente de nombreux avantages :
    • L’enregistrement permet de fixer l’éphémère ! Si bien que, d’une part, l’élève peut découvrir par lui-même les fragilités et forces de sa lecture expressive, et ainsi réenregistrer pour améliorer sa prestation. Ce processus, essentiel, développe chez lui l’auto-évaluation et une boucle de rétroaction immédiate. Rien de mieux pour progresser dans les apprentissages ! D’autre part, la version définitive, une fois adoptée, offre dans la durée l’accès à la production orale, par essence fugace.
    • Les textes enregistrés peuvent servir de supports pour les élèves dyslexiques, afin de favoriser un accès au sens,
    • ou encore permettre l’entrée expressive dans l’étude d’un texte.
    • Son intérêt en classe inversée est évident : l’élève écoute l’enregistrement la veille, et arrive en classe avec d’emblée une compréhension avancée de l’extrait.
    • En outre, la bibliothèque sonore virtuelle offre une vitrine pour exposer le chef-d’oeuvre audio de chaque élève, ce qui donne à la fois sens et but à la production d’oral.
    • Enfin, les bienfaits de la coopération de tous à l’élaboration d’un projet pour tous sont évidents.

 

  • On peut aussi, après l’entrainement en L.O.P., passer à la L.O.N.P., lecture orale expressive non préparée, exercice classique, certes, mais que le manque de temps peut amener à négliger trop souvent malgré son importance essentielle. L’élève volontaire ou désigné n’a cette fois pas le temps de se préparer à l’avance, il doit comprendre le texte en le lisant, pendant sa découverte, et ajuster son expressivité au fil de sa compréhension.
    • Ici aussi, peuvent être mis en place les même outils que pour la L.O.P. :
      • L’accompagnement personnalisé en boucle de rétroaction immédiate avec éventuellement fiche de suivi individualisée.
      • la restitution par un auditeur, selon la même démarche que pour la L.O.P..

 

  • Lire sa rédaction : exercice d’oral classique, qui permet à l’élève de révéler, par une intonation appropriée, le sens qu’il veut donner à son propre texte. C’est une expérimentation par la mise en voix de ce qu’il faut faire avec les textes d’autrui, c’est donc un bon exercice d’appropriation de l’expressivité, en plus de permettre à chacun de partager ses écrits.
    • Les élèves auditeurs et moi-même verbalisons alors nos impressions, ce qui prend souvent la forme d’un accompagnement personnalisé, réalisé par tous : de manière constructive et bienveillante, nous mettons en valeur les points forts de la rédaction, et formulons  des conseils d’amélioration pour valoriser encore l’ensemble.
    • Le mieux est de demander à l’élève d’opérer ensuite les modifications qui en découlent.
    • Et l’idéal serait d’avoir le temps de relire l’évaluation améliorée et de lui octroyer un badge d’écriture (E.2/), afin de confirmer ce que l’enseignant.e s’efforce de faire comprendre, au quotidien, aux élèves : les bienfaits du brouillon, de l’amélioration constante de l’écrit…

 

  • Raconter un livre lu : voilà une pratique que j’affectionne particulièrement. Il s’agit, pour un élève volontaire, de partager avec ses camarades un résumé d’un livre lu, optionnel ou obligatoire (pour plus d’informations sur ce dispositif : Développer la pratique volontaire de la lecture). Après avoir rédigé un écrit préparatoire et en avoir mémorisé les éléments essentiels puisqu’il ne peut pas disposer de ses notes pendant son intervention, l’élève propose à la classe le résumé d’éléments qui doivent être bien choisis pour donner envie de lire l’ouvrage. Il termine en développant son opinion personnelle sur le livre, en la justifiant par des liens avec le texte.
    • Les auditeurs peuvent alors l’interroger pour mieux comprendre des points incertains. C’est un bon moment de partage sur la littérature, où un élève peut formuler ses impressions de lecteur, ses regrets ou ses envies.
    • Je propose en général cette activité juste après le QCM obligatoire ou optionnel du livre en question. Cela permet de prolonger la rencontre littéraire avec l’oeuvre, et de faire naitre des envies nouvelles de le lire.
    • J’aime ici aussi interroger un des élèves auditeur afin qu’il rapporte ce qu’il pense avoir compris de ce qu’il a écouté : c’est la restitution par un auditeur. C’est parfois cocasse ! En effet, cette restitution, contrairement aux précédentes, ne s’appuie pas sur les textes très bien construits de grands auteurs. Elle est donc parfois fort hasardeuse et permet à l’élève qui a raconté de livre de comprendre certaines fragilités dans son récit, puisqu’il n’a pas toujours été compris. Il peut alors revenir sur ce qui a posé difficulté et clarifier son propos. Chacun perçoit mieux alors la nécessité de mieux construire son écrit préparatoire, et en particulier, de mieux exploiter les connecteurs entre les paragraphes pour suivre le déroulement temporel ou logique, ainsi que le caractère essentiel des substituts, pour comprendre à tout moment de qui il est exactement question.

Bref, ils expérimentent que l’oral ne veut pas toujours dire « improvisation », et que, si l’oral peut contribuer à diffuser l’écrit, à en éclairer le sens, l’écrit, lui, contribue fortement à construire un oral cohérent !

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