Oral : hors des cadres

L’oral, figurant désormais en première place dans les compétences à cultiver chez nos élèves, réclame donc non seulement d’être développé dans les pratiques classiques, comme la récitation ou l’exposé, mais d’être réinventé et expérimenté dans de nouveaux exercices variés. Partager nos innovations semble alors fort pertinent pour enrichir et diversifier les activités menées en classe.

A la classique récitation, indispensable, on peut ajouter des modulations possibles. Voici présentées trois de ces possibles modulations.

 

1) Ainsi, la harangue publique dans la cour est une version que j’affectionne : elle permet aux élèves de quitter la réserve qui les caractérise souvent en prestation orale. En effet, il leur faut augmenter le volume pour dépasser les bruits extérieurs, et utiliser leur corps pour interpeller leur auditoire et obtenir toute l’attention. Bref, ils sont contraints à une expressivité verbale et physique qu’ils expérimentent parfois pour la première fois, et dont ils peuvent en général faire l’économie dans le cadre contrôlé des murs de la classe.

  • Exemple n°1 : En 5è, la harangue d’une Sabine pacifique
    • Après un questionnement sur ce qu’est l’héroïsme,
    • nous lisons le tableau de David, Les Sabines.
    • Ensuite, nous approfondissons ce que raconte de cet événement l’histoire romaine.
    • La consigne est alors donnée : « Vous êtes le personnage féminin central du tableau, la Sabine qui cherche à séparer les belligérants. Construisez le discours par lequel vous allez les convaincre d’arrêter le combat, en développant au moins trois arguments. Vous devrez ensuite le déclamer dans la cour. »
    • Chaque élève
      • travaille et retravaille alors son écrit préparatoire,
      • en mémorise la teneur,
      • s’entraine à interpeller la foule de manière convaincante.
    • Enfin, la présentation orale a lieu, et c’est un grand moment. Certes, les prestations sont de qualités variables en fonction de l’investissement de chacun dans la préparation et du degré de développement de leur expressivité, mais sont également proposées de harangues exceptionnelles, qui nous marquent et font naitre des frissons d’émotion et de plaisir.

  • Exemple n°2 : En classe de , un discours de Victor Hugo à l’Assemblée 
    • Tout y est : l’argumentation, la langue de qualité, et même les manifestations sonores d’approbation ou de désapprobation de l’assistance qui s’exprime très librement ! De quoi, donc, intégrer de manière active les élèves auditeurs.
    • Ce travail s’est révélé très bousculant pour les adolescents qui devaient vraiment utiliser leur corps, leur voix et leur expressivité.
    • Mais il a surtout montré son impact lorsque les trois derniers élèves qui n’avaient pas pu passer dans le temps imparti ont dû se contenter d’une prestation dans la classe : ils se sont plaints de n’avoir pas pu faire leur discours dans la cour, car ils se sentaient bridés dans leur engagement physique par les murs et le silence général !

2) Suite à un travail sur des expressions idiomatiques, on pourra proposer à des groupes de rapidement concevoir le canevas d’une scène pour expliciter les sens de l’expression par le jeu : les saynètes quasi improvisées, qui durent 2 mn environ, sont souvent saisissantes, pleines d’humour ou de jeux d’esprit pour faire sens.

Je commence volontiers l’année de 5ème par cette activité, qui permet de mettre immédiatement en place, non seulement le travail groupe et son fonctionnement, la capacité à construire un projet commun en un temps restreint, mais également les ressources individuelles d’oral. C’est extrêmement pratique pour mémoriser l’identité de nouveaux élèves et se laisser, dès l’abord, séduire par leurs individualités.

 

3) Pour varier les plaisirs, l’enseignant peut aussi décider, pour faire un bon oral, de faire taire ses élèves ! Et oui, rien de tel qu’un mannequin challenge pour développer le travail de groupe dans un but commun : en effet,

  • chaque élève doit adopter une posture hautement expressive, de préférence improbable, comme un déséquilibre par exemple, ou créer un tableau de groupe avec quelques élèves.
  • Tous doivent rester immobiles et absolument silencieux pendant que l’enseignant.e filme chaque groupe sans pause.
  • A la toute fin, hors champ, tous les élèves terminent le mouvement enclenché (exemple : la fin de la chute), que le professeur finit de filmer, pour clore la vidéo.

Cette idée, que m’a suggérée Delphine, l’enseignante stagiaire que j’accompagnais cette année dans son apprentissage du métier (qu’elle en soit ici remerciée !), s’est révélée un vrai défi  pour les élèves. Mais la réalisation finale est tout à fait remarquable ! Et que de moments d’hilarité pendant sa réalisation !

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