De la dict’éclair à la dictée claire

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Principe :

L’objectif est de proposer aux élèves un exercice de manipulation et de réflexion sur la langue. Il s’agit d’un outil pour construire des apprentissages, pour progresser et automatiser les « bonnes » questions à se poser, les bons réflexes, plutôt qu’un outil d’évaluation.

La plupart du temps, elle n’est, d’ailleurs, pas évaluée par l’enseignante. C’est à l’élève de se corriger et d’évaluer en autonomie son degré de maitrise des différents points de langue travaillés : homophones, accords du verbe avec son sujet…

Déroulement habituel :

1/ L’enseignante crée une brève dictée de deux phrases environ, qui :

  • réinvestit les points de langue travaillés,
    • soit dans la période, soit au fil de l’année ;
    • soit en contexte proche, soit au contraire dans un contexte très nouveau, selon le degré d’acquisition de la notion estimé à ce moment-là ;
  • exploite le maximum possible d’homophones ;
  • utilise des mots usuels qui posent ordinairement difficulté, comme
    • différencier « un travail » et « je travaille », « un conseil » et « je conseille »…
    • des adverbes dont l’orthographe, pourtant immuable, peine à se fixer, comme « malgré » ou « parmi ».
  • emploie des accords variés…

Bref, l’enseignante s’emploie à cumuler en un texte très bref le plus grand nombre possible de difficultés variées !

2/ En classe, l’enseignante dicte le texte, et laisse comme à l’ordinaire un temps personnel  aux apprenants pour retravailler leur écrit.

3/ Enfin, c’est l’étape où la dict’éclair devient dictée claire : un élève se propose pour aller au tableau sans sa copie et corriger la dictée. En commun, nous expliquons chaque difficulté et des élèves qui ont réussi explicitent les questions et la démarche qu’ils ont mises en oeuvre pour parvenir à cette analyse efficace dans ce contexte. Le format très court se prête à la déconstruction de raisonnements automatisés depuis l’école primaire mais parfois inopérants.

  • L’énoncé « il vous envoyait » vise ainsi à faire émerger l’erreur fréquente « il vous envoyez ». De nombreux élèves ont en effet systématisé la construction syntaxique qui fait automatiquement d’un pronom placé devant un verbe le sujet de celui-ci. Ici, ce raisonnement est renforcé par la similitude sonore entre « -ait » et « -ez » pour certains élèves. La dict’éclair vise à déconstruire cet automatisme, et à proposer une nouvelle construction : la plupart du temps, un pronom placé devant un verbe est son sujet. Mais pas toujours, certains pronoms étant des compléments. Il faut donc questionner : « qui est-ce qui envoie ? » pour identifier de manière certaine le sujet. L’emploi par l’enseignante des deux possibilités dans les dict’éclairs suivantes renforcera progressivement le nouveau schéma de réflexion et installera de nouveaux automatismes plus opératoires.

4/ Chaque élève compte son nombre d’erreurs, et grâce aux mains levées, l’enseignante se fait une idée des difficultés rencontrées.

Voici quelques exemples de dict’éclairs :

Je les accueille toujours à l’accueil de l’établissement où je travaille et grâce à eux, je recueille des poèmes d’auteurs variés. Leur travail permet de construire les recueils à paraitre.

Je te conseille de faire ton travail au plus vite. Mais ce n’est qu’un conseil, c’est toi qui travailles donc c’est toi qui décides.

Ces robes, tu les as achetées malgré leur prix excessif !

Là où je travaille, on n’a pas de poste de travail fixe. Chaque matin, ou je m’assieds à une place vacante, ou je vais au café, où on peut aussi travailler quelques heures. Je ne peux donc ni prévoir où je serai ni installer mon matériel.

L’ensemble de ce travail, que les élèves apprécient beaucoup, peut ne prendre, dans cette forme basique, qu’une bonne vingtaine de minutes, et n’occasionne ensuite aucune correction de l’enseignant. C’est donc très constructif, sans être ni anxiogène pour les élèves (qui y voient davantage un défi personnel qu’un échec programmé comme avec les dictées classiques) ni chronophage dans le temps de classe ou dans celui de l’enseignant.

Variantes possibles :

De nombreuses variantes peuvent être imaginées sur ce système de base :

  • La dict’éclair clonée : Proposer de refaire la dict’éclair réalisée quelques jours plus tôt ou des semaines avant permet à l’enseignante de vérifier la capacité des élèves à réutiliser les nouveaux raisonnements mis en place à court ou long terme.
  • L’analyse grammaticale : après que chaque élève a relu son texte, mais avant correction, l’enseignante demande d’agir sur le texte pour faire émerger une analyse grammaticale. Il peut s’agir de repérer les verbes conjugués et les sujets pour alerter sur l’accord qui en découle, d’identifier les différentes propositions, ou même de reconnaitre tous les adverbes…. L’intérêt est d’exploiter sur ce support bref d’orthographe d’autres compétences de langue.
  • La dictée négociée : la dict’éclair est un outil idéal pour faire émerger les représentation des élèves sur l’orthographe. Leur permettre, en groupe, de mettre en commun leurs dictées, et de réfléchir ensemble pour justifier leur raisonnement propre les oblige à verbaliser le questionnement qui a été le leur, ce qui en révèle parfois le caractère erroné.
    • Ainsi par exemple certains élèves expliquent pourquoi ils ont pu écrire « il les obliges » : peut-être parce que « les », pluriel, est perçu comme un déterminant, de sorte qu’assez logiquement, il impose l’accord avec ce qui suit, « oblige », perçu comme un nom. Seule la re-découverte du fait que « les » peut aussi être pronom, que « obliger » est un verbe, et la verbalisation de son propre raisonnement par un pair qui a réussi (« il oblige qui ? ») redéfinit un nouveau cheminement réflexif de l’élève en difficulté, lui offre une nouvelle option d’analyse possible selon le contexte. Il peut alors construire un nouveau raisonnement (surtout si l’enseignante répète cette difficulté dans les dict’éclairs suivantes) : « les » n’implique pas toujours un « s » car il peut être de deux sortes, il faut donc analyser le contexte pour identifier laquelle des deux possibilités est employée cette fois-là, spécifiquement.
  • L’auto-évaluation badgée : Les élèves, après la correction en commun, sont guidés pour pouvoir s’évaluer eux-mêmes en fonction de leurs propres difficultés d’orthographe, donc en fonction des compétences de langue, et pour les rendre visibles par des badges qu’ils se donnent à eux-mêmes. On peut ainsi clarifier les différentes sortes d’erreurs possibles : O.D.L.1/ avec les homophones par exemple, O.D.L.3/ pour les erreurs d’accords, O.D.L.5/ pour l’orthographe lexicale… L’élève établit ainsi lui-même son propre profil points d’appui / points à renforcer pour susciter les alertes mentales sur ses fragilités.
  • L’invention d’une dict’éclair :  Les élèves deviennent alors les auteurs d’une dict’éclair ! En groupes, ils disposent de tous les outils nécessaires à la rédaction d’une dictée à l’orthographe parfaite (dictionnaire, dictionnaire des synonymes, Bescherelle, cahiers d’exercices, manuel…), et ils inventent les dict’éclairs de demain ! Un vrai travail sur la langue, avec la satisfaction de savoir que son écrit  a une utilité et aura un public puisqu’il sera exploité dans d’autres classes par l’enseignante si la dictée inventée est pertinente. Ce bref exercice d’écriture permet à la fois la négociation et la verbalisation des raisonnements entre pairs, l’automatisation du recours aux outils disponibles et au brouillon pour écrire, un travail sur l’orthographe, le vocabulaire et la syntaxe. Il est aussi, souvent, l’occasion de faire découvrir aux élèves que créer une dictée difficile ce n’est pas choisir des mots difficiles mais peu courants, comme « jouvenceau », mais bien plutôt des mots très ordinaires qui suscitent l’erreur au quotidien comme « travail ». Pour l’enseignante, c’est un travail d’écriture et de langue très rapide à corriger. Voici un exemple de dict’éclair réalisée par un groupe de 5è :

Un enfant et ses camardes ont pris les bonbons et les chocolats de leurs parents. Ils ont également emprunté une nappe qui sera fort commode pour pique-niquer !

De riches personnes font don de leurs biens dont leur argent.

Il court dans la cour enneigée pour ne pas être en retard. Avant d’entrer en cours, il essuie ses pieds sur le paillasson.

On le voit, les possibles offerts par l’outil de travail qu’est la dict’éclair sont innombrables et ses bénéfices évidents.

La dictée sommative, évaluée et notée de manière chiffrée, alors pleinement pertinente, peut intervenir après quelques dict’éclairs, dont elle reprendra les éléments pour en vérifier la maitrise.

Dernier bénéfice, et non des moindres, de la dict’éclair : elle oblige l’enseignante à déconstruire ses propres modèles de raisonnement orthographique, performants, pour expliciter ceux, non opératoires, des élèves, mais qui ont souvent une vraie logique initiale. En effet, construire une dict’éclair, c’est prendre en compte les automatismes logiques et pertinents employés par les élèves, mais appliqués indépendamment de contextes qui les remettent parfois en question. Cette explicitation indispensable par l’enseignante quand elle conçoit les dict’éclairs exige d’elle de revoir le statut de nombre d’erreurs orthographiques : loin d’être toujours le fruit de pauses attentionnelles, de manque de raisonnements ou d’absence de connaissances chez les élèves, elles relèvent très souvent de raisonnements pertinents, mais incomplets ou employés indépendamment du contexte. La dict’éclair, en multipliant les contextes, systématise le fait de raisonner en contexte, de prendre en compte dans l’application des règles d’orthographe des situations, uniques à chaque fois.

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